
Découvert sur le tard et uniquement en ligne, Bunny Kingdom est un jeu de draft et de conquête de territoire que j’aime beaucoup, mais que j’imagine assez lourd à sortir avec sa profusion de matériel, et pas complètement immédiat avec ses points à calculer à chaque fin de manche et ses nombreuses cartes à savoir gérer au mieux. C’est un peu pour cela qu’il reste pour le moment dans ma wishlist, attendant un peu que mes enfants soient en âge d’y jouer pour en profiter au mieux.
Adapté cette année en une version deux joueurs qui s’annonçait plus compact, rapide à jouer et accessible, j’ai été très heureuse de pouvoir m’essayer à cette nouveauté, avec un Bunny Kingdom Town* qui reprend l’univers de son inspiration, un territoire à se partager et des objectifs personnels à gérer, tout en étant un jeu vraiment différent, plus simple et opportuniste, le rendant je trouve plus adapté à un public familial.
Jeu assez réussi bien que moins challengeant pour les amateurs de sa version originale, c’est un jeu efficace que je vous présente en détail dans cet article.

Sommaire
Bunny Kingdom Town en un clin d’œil
Création de Richard Garfield (Bunny Kingdom, Athlètes de Compète)
Illustrations de Jiahui Eva Gao (The Vale of Eternity, Fragments)
Edité et Distribué par Iello
2 joueurs
A partir de 10 ans
30 minutes
Mécaniques : Draft, Objectifs, Conquête de territoire

Les règles du jeu en quelques mots
Dans Bunny Kingdom Town, les joueurs devront fonder la ville la plus prospère sur le territoire commun, et obtenir la meilleure renommée pour devenir le maître incontesté de la ville.
Vous devrez pour cela à chaque tour choisir une tuile et pourrez en construire une ou plusieurs sur le plateau commun, déclenchant des scorings immédiats, tout en pensant à vos objectifs qui seront capitaux pour réaliser une bonne partie.

Préparation d’une manche
Une partie de Bunny Kingdom Town se déroulera en 4 manches, qui s’enchaîneront avec un premier joueur qui changera à chaque fois.
En début de manche, chaque joueur commencera par prendre 2 pièces de la banque et par piocher deux cartes Objectifs, afin d’en choisir une à conserver en secret avant de défausser l’autre.
5 tuiles Bâtiment sont aussi révélées et la partie peut débuter.

Choisir une tuile Bâtiment
A son tour de jeu, le joueur devra toujours choisir l’une des tuiles disponibles dans la Rivière, cette Rivière n’étant remplie qu’au début de chaque manche.
Les tuiles présentes toutes :
- un type représenté par un symbole et une couleur (par exemple les Bâtiments de travail qui seront toujours rouges)
- un pouvoir en bas de tuile pouvant être un bonus ou un scoring à activer au moment de la pose.

Construire un bâtiment et activer un quartier (facultatif)
Si il le souhaite, le joueur pourra ensuite construire un Bâtiment sur le territoire.
Il aura pour cela le choix entre 5 emplacements, représentés par des cartes au-dessus du plateau, et indiqués sur le plateau par des Lapins Blancs qui seront placés aux coordonnées de chaque nouvelle carte tirée.
Le joueur pourra choisir de prendre la carte la plus à droite du plateau qui sera gratuite, où une suivante vers la gauche avec un coût qui augmentera de 1 à chaque carte.
Le joueur choisit alors la carte (et paye son coût au besoin), et place une tuile en sa possession à la place du Lapin blanc aux coordonnées de la carte. Il place alors un lapin à sa couleur dessus.
En fonction du pouvoir de la carte, le joueur active son bonus (gain de bois, argent, carte Objectif ou points) ou active un scoring. Les points marqués par le joueur dépendront du quartier de sa couleur qu’il vient d’agrandir. Il comptera le nombre de types de bâtiments différents qui le composent; qu’il multipliera par les étoiles présentes sur les tuiles de ce quartier. Certaines étoiles ne seront activées qu’en fonction de conditions (principalement la présente d’un type de bâtiment spécifique dans le quartier).
Si il le souhaite et si il a encore des tuiles disponibles en sa possession, le joueur pourra jouer une seconde tuile en suivant les mêmes conditions, et en payant une pièce pour obtenir ce droit.

Fabriquer une ou des améliorations (facultatif)
L’autre action facultative qu’il pourra réaliser, sera de fabriquer une amélioration. il devra pour cela posséder suffisamment de bois en réserve. Les jetons bois sont placés en début de partie sur les territoires de forêt, et le joueur pourra en récupérer en plaçant un bâtiment sur un emplacement comprenant un jeton.
Les améliorations coûteront de 1 à 3 bois et chaque joueur ne pourra en avoir que 3 lors de la partie (le nombre de tuiles accessibles est limité à 4 à 5 tuiles en général). Leurs bénéfices pourront être variés :
- points directs
- cartes objectif
- argent
- bois
- tuile bâtiment, …

Fin de tour
A la fin de son tour, le joueur complètera la Rivière de cartes Territoire et placera les Lapins Blancs sur les nouvelles cases disponibles, le joueur suivant pourra alors jouer à son tour.
Fin de partie
Après avoir joué les 4 manches, les joueurs pourront révéler leurs cartes Objectifs et ajouter aux points acquis en cours de partie, ceux liés à ces objectifs (les types de scorings seront très variés et influenceront vos choix tout au long de la partie).
Le joueur qui possède alors le plus de points l’emportera.

Bunny Kingdow Town, j’en pense quoi ?
Bien que les adaptations pour deux de classiques commencent à lasser les joueurs je pense, ces variations ayant parfois eu un grand succès, mais aussi souvent déçu; le retour de l’adorable univers de Bunny Kingdom n’était pas passer inaperçu à Cannes. Ayant finalement fait moins de bruit à sa sortie, je pense que c’est son caractère plus familial qui l’a rendu plus discret parmi les ludistes très expérimentés.
Pourtant avec un public plus familial, ce très joli jeu avec son matériel irrésistible, ses parties courtes et sa simplification, sera une porte d’entrée très intéressante pour les enfants ou nouveaux joueurs, avant de s’attaquer à Bunny Kingdom, qui sera pour moi bien plus complet et subtil.
Jeu que je trouve globalement efficace avec ce public, je ne sais pas si il parviendra à se démarquer dans la multitude de deux joueurs qui sortent actuellement chaque année, mais avec un prix tout juste au-dessus des 20€ et quelques très belles qualités, il n’est pas un titre à négliger !
Un univers qui fait toujours son petit effet
Force évidente de Bunny Kingdom, nous retrouvons dans cette version Town l’univers irrésistible qui a fait le succès du premier jeu, avec un matériel très mignon et un travail d’illustration qui a une vraie personnalité, pour un ensemble vraiment agréable à manipuler.
Plutôt rapide à installer et ranger, et prenant une place raisonnable sur table, il parvient avant même le début de la partie à prouver son côté plus familial, sans rogner du côté de la qualité et du confort.
Nous retrouvons ainsi des tuiles épaisses, un joli plateau pour compter les points et des jetons lapins en bois qui feront leur effet.

Un jeu rendu bien plus accessible
Avec des parties d’un format bien plus compact, Bunny Kingdom Town a réussi à réinjecter un peu de l’état d’esprit de son aîné, mais en le rendant bien plus accessible avec notamment un scoring qui restera bien plus facile à assimiler.
Ainsi, vous n’aurez jamais plus de 6-8 tuiles à calculer pour un quartier, et vous pourrez très facilement vous y retrouver sur ce territoire à conquérir qui sera limité à un quadrillage de 5 par 5.
Nous retrouvons aussi les Objectifs qui sont un élément clé de Bunny Kingdom; mais n’étant pas mélangés avec les cartes de conquête, il sera bien plus simple de savoir les choisir, tout en évitant l’écueil de joueurs de niveaux différents qui n’en prendraient pas du tout le même nombre, chacun en obtenant au minimum un à chaque manche, et parfois un ou deux de plus en cas d’amélioration ou de placement de tuiles bâtiments.
Le draft enfin qui était un élément d’interaction capital dans la version originelle puisqu’il imposait de surveiller ses adversaires, est bien plus limité ici avec 5 tuiles en début de manche toutes visibles, et qui seront bien plus simples à choisir, tout en proposant une interaction de blocage pour éviter à son adversaire de mettre la main sur la tuile dont il rêve.

Des possibilités plus limitées
Mais évidemment cette simplification qui permettra à plus de joueurs de pouvoir s’essayer à cette nouvelle version, pourra aussi frustrer les joueurs plus habitués, et notamment à son grand frère.
Alors que Bunny Kingdom imposait à chaque tour des dilemmes déchirants entre territoires à conquérir et cartes Objectifs à conserver, cette particularité que j’aimais particulièrement disparaît ici, avec un focus sur la conquête de territoire, qui devra s’adapter aux objectifs que l’on choisit.
La carte étant plus limitée, nous perdons aussi ce sentiment de développement de voir ses débuts de partie avec des scorings ridicules, s’envoler lors des derniers tours avec des quartiers gigantesques qui pourront rapporter énormément. Ce principe se retrouve pourtant dans le concept mais malgré un scoring qui pourra faire un *25 entre la première et dernière tuile (de 1 à 25 points), le sentiment de développement généré par les châteaux et les ponts aériens de la version de base notamment sera bien plus modéré.
La carte étant plus petite, un mauvais tirage de territoires disponibles pourra aussi vite être très bloquant, faisant perdre un peu en contrôle et en stratégie, pour plus virer vers de l’opportunisme et de l’adaptation, caractéristiques qui correspondront plus à des joueurs occasionnels ou familiaux.

Un difficile compromis à trouver
Au final, je retiens de mes parties un compromis assez difficile à trouver entre mon envie de développer ma cité comme je l’entends en rassemblant mes quartiers, et ce besoin de toujours s’adapter au tirage des cartes et des tuiles qui n’ira simplement pas dans le bon sens parfois.
Le choix des objectifs se faisant en général parmi deux, j’ai aussi trouvé que je subissais parfois ces tirages de cartes avec des Objectifs qui pourront ne pas du tout aller avec son développement, privant alors un joueur de très précieux points.
La ressource de l’argent et du bois est par contre assez intéressante, avec des améliorations à aller chercher mais qui orienteront rapidement les deux joueurs vers la zone de forêt qu’ils se disputeront, peinant alors à regrouper un grand quartier bien puissant; tout comme l’argent qu’il ne faudra pas hésiter dépenser pour atteindre les cases que l’on souhaite vraiment; l’argent restant n’offrant aucun point en fin de partie.
Bien que les règles soient simples, l’exercice ne sera donc pas trivial entre acquisition de bois, création de quartiers forts, choix et respect des cartes Objectifs, et interaction à surveiller pour ne pas laisser la voie libre à son adversaire.

Bunny Kingdom Town, une version 2 joueurs mais surtout plus familiale
Version deux joueurs, Bunny Kingdom Town est finalement plus pour moi une version simplifiée que limitée en configuration par rapport à sa version originale.
Avec sa carte plus restreinte, son draft plus simpliste et son côté opportuniste, il se révèle parfait pour initier les débutants à ce classique savoureux, mais peinera je pense à séduire les amoureux de ce grand royaume de rongeurs.
Porté par un univers et un matériel toujours aussi enthousiasmants, il possède l’avantage d’être bien plus compact et rapide, tout en restant un vrai jeu de réflexion, plus opportuniste que stratégique mais offrant à chaque tour de jeu de vrais dilemmes.
Etant moi-même une joueuse plutôt initiée, je dois avouer que dès que je le sors, il me donne envie de jouer à sa version originale, mais qu’il est un très bon compromis pour retrouver un peu de ce que j’aime dans son grand frère, dans un format plus compact et jouable avec bien plus de joueurs.
Jeu réussi mais qui ne s’adressera pas au même public que Bunny Kingdom, vous pourrez le retrouver chez Esprit Jeu, BCD Jeux ou Philibert par exemple.
Et si vous recherchez d’autres revues de jeu Adultes, vous pourrez retrouver l’ensemble de mes articles ici. Pour les jeux familiaux, rendez-vous là.
*Exemplaire presse offert par Iello













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