Après 18-24 mois de relation apaisée avec votre enfant, du jour au lendemain son comportement change. Il s’énerve, crie, refuse de faire ce que vous lui demandez, boude, est dépassé par ses émotions…Si vous avez déjà entendu parler du Terrible Two, vous savez que vous entrez dans une période délicate dans la vie de votre enfant et de votre famille; si ce n’est pas le cas le choc a dû être grand de voir votre bébé d’un seul coup entrer dans cette petite adolescence.
Et comme cette phase dure en général de longues semaines/mois, autant réfléchir et trouver des solutions pour traverser ensemble cette période le plus sereinement possible.
Le Terrible Two : pourquoi ? comment ?
Le Terrible Two est une phase de développement de l’enfant qui survient généralement vers 2 ans mais qui peut débuter vers 18 mois et continuer au delà des 3 ans de l’enfant. Elle correspond au moment où l’enfant est de plus en plus capable de se débrouiller seul et où il prend conscience qu’il est une personne à part entière, qui peut faire ses propres choix.
Toujours curieux de découvrir son environnement, son corps et de tester ses capacités, l’enfant voudra donc être libre de ses mouvements et actions et ne comprendra pas pourquoi l’adulte lui impose tant de barrières.
Couplé avec des capacités de gestion des émotions encore très loin d’être matures, l’enfant est vite débordé par la colère ou la tristesse lorsqu’il n’obtient pas ce qu’il veut, résultant en d’impressionnantes crises de pleurs, cris et larmes.
Les confrontations entre parents et l’enfant sont quotidiennes à cette période, que ce soit pour changer une couche, aller se coucher, éviter les situations risquées pour l’enfant ou dans n’importe quelle situation banale du quotidien.
Autoritarisme et Terrible Two
La réaction naturelle de la plupart des parents (français) est de reproduire le schéma qu’ils ont connus enfants et qui perdure depuis des dizaines d’années : exiger une obéissance totale de l’enfant et utiliser cris, punitions et menaces lorsque ce n’est pas le cas.
Or ces méthodes, si elles peuvent donner le résultats attendus à court terme, c’est à dire l’obéissance ponctuelle; ne sont pas bonnes pour l’enfant à long terme et ne l’aident pas à se construire de manière positive. Elles créent aussi une ambiance négative dans le foyer qui vous affecteront tous : votre enfant et vous !
Bienveillance et Terrible Two
Au lieu d’aller vers la confrontation avec votre enfant, la solution idéale et donc plutôt de faire preuve de bienveillance et d’empathie.
Bienveillance envers votre enfant
Face à une « crise », n’oubliez d’abord pas que vous avez à faire à un enfant encore incapable de bien gérer ses émotions. Si vous vous sentez dépassé par la colère et que vous avez du mal à retenir vos cris ou signes d’énervement avec votre cerveau mature, imaginez ce qu’il se passe dans la tête de votre enfant avec son cerveau encore en développement pour des années !
Nous avons parfois le sentiment de devoir « contrôler » nos enfants; nous entendons souvent qu’il faut les « tenir », que sinon ils vont devenir des enfants rois, nous mener en bateau. Pourtant, l’enfant à cet âge ne cherche pas à nous manipuler, à nous énerver, mais simplement à grandir, à expérimenter, à faire ses choix (et ça aussi c’est un apprentissage important !).
Regardez donc votre enfant avec bienveillance et essayez de comprendre la raison de son comportement. Evidemment cela est quasiment impossible lorsque le ton est déjà monté mais parfois, en début de situation de confrontation, il est possible (et de plus en plus facile avec l’habitude) de se mettre à la place de l’enfant et de se rappeler que c’est à nous, adultes, de nous contrôler et d’essayer de comprendre l’enfant. Espérer l’inverse et attendre cela de l’enfant est illusoire !
Bienveillance envers soi-même
Mais parfois, malgré tout notre bonne volonté et l’envie que nous avons d’être ce parent parfait, qui ne crie jamais, maintient le dialogue et trouve les mots justes; la colère prendra le dessus. Je ne connais personnellement pas de famille où tout se résout toujours dans le calme le plus parfait. Evidemment que ce serait un idéal à atteindre mais la fatigue, le stress, l’usure font que parfois les cris réapparaissent.
Et dans ce cas-là, pas besoin de vous auto-flageller pendant des jours, soyez aussi bienveillants avec vous-même ! Tout le monde peut être dépassé par ses émotions et plutôt que de rendre malade, ou de se comparer avec ces familles parfaites (qui n’existent pas !), une fois la tempête passée, essayez d’analyser la situation. N’hésitez pas aussi à vous excuser auprès de votre enfant, ce sera aussi un très bon apprentissage pour lui de voir que même les adultes peuvent être dépassés par leurs émotions, mais qu’ils peuvent ensuite en parler avec les mots justes, et s’en excuser.
Mes astuces pour gérer sereinement les crises de son enfant
Pour vivre au mieux cette phase compliquée, j’ai trouvé beaucoup de conseils sur internet mais j’ai trouvé certains très illusoires et impossible à mettre en place ou inefficaces avec ma fille. Evidemment, chaque enfant, chaque parent et donc chaque situation est différente mais voici les petits trucs que nous utilisons au quotidien et qui nous permettent d’éviter au maximum les crises (les siennes comme les nôtres) tout en laissant à ma fille la place de s’affirmer et de grandir.
Définir des règles
En amont des crises, il est important de fixer un cadre à son enfant. L’éducation positive et bienveillante est trop souvent confondue avec du laxisme hors l’enfant a besoin et envie d’un cadre ferme.
Et plutôt que de réprimander l’enfant après coup, il est plus efficace et logique de bien établir des règles au calme et de manière positive, et de les rappeler lorsqu’une crise approche.
Exemple de situation : nous approchons à pied d’une route à traverser.
Plutôt que de crier lorsque l’enfant commence à courir à l’approche de la route, anticiper le danger et énoncer et expliquer clairement la règle à l’enfant avant d’approcher de la route : « Attention, nous allons traverser cette route, je veux que tu me donnes la main, que l’on vérifie ensemble si une voiture arrive puis que l’on traverse en marchant »
Choisir ses combats
En amont d’une confrontation, j’essaie toujours de réfléchir au besoin de ne pas accepter ce que ma fille veut; j’essaie de choisir mes combats !
Manger son repas dans le désordre, vider l’eau de son bain en deux minutes, ne pas ranger chaque jeu à la seconde où on a fini de l’utiliser, changer pour la troisième fois de couvert au repas, sauter sur son lit, renverser un verre d’eau en essayant de se servir seule… est-ce grave ?
A cette question, chaque parent aura une réponse différente, chacun choisira ses combats et il n’y a pas de bonne ou mauvaise réponse. Mais parfois on se retrouve sans s’en rendre compte à vouloir contrôler chaque aspect de la vie de son enfant pour finalement, aucune raison tangible ! Si il n’y a pas de danger ou de vraie raison de s’opposer à son enfant, pourquoi ne pas le laisser vivre et faire comme bon lui semble ? En plus de limiter les crises, cela fera prendre conscience à votre enfant que son avis, ses envies comptent, et qu’il peut s’affirmer et tenter ses expériences.
Donner de l’autonomie
La crise des deux ans est intimement liée à l’amélioration des capacités motrices de l’enfant et son sentiment qu’il peut maintenant, faire seul. Beaucoup de crises sont liées au fait que l’adulte veut faire pour lui. Que ce soit pour faire mieux, plus vite ou par sentiment de devoir tout faire pour l’enfant; le parent ne pense pas à mal mais il ne laisse pas assez d’autonomie à son enfant, qui la réclame de manière plus virulente.
En donnant en amont des opportunités de faire seul, on répond à cette demande en choisissant les thèmes et moments les plus adaptés.
Proposer des choix
Mais parfois il faut que notre enfant fasse ce que l’on attend de lui. Quand nous devons aller à un rendez-vous, l’enfant doit s’habiller. Si il refuse, donnez lui des choix !
Veux tu mettre d’abord tes chaussures ou ta veste ? Veux tu passer par ce chemin ou celui-ci ? Préfères tu manger en même temps ta viande et tes légumes ou séparément ?
Là encore, l’enfant se sentira entendu et aura l’opportunité de faire des choix et de garder (un peu) le contrôle de sa vie.
Compter jusqu’à 3
Lorsque la confrontation est là, est que l’on a besoin (quelle que soit la raison) que son enfant obéisse, la méthode de compter jusqu’à 3 peut s’avérer efficace, si elle est utilisée à bon escient.
Ce compte à rebours, déclaré à voix haute et à un rythme lent permet à l’enfant de comprendre l’importance de la situation et l’imminence d’une confrontation.
On évite donc de l’utiliser à tout bout de champ pour que l’enfant se rende bien compte de la gravité de la situation lorsqu’il entend ce fameux décompte.
Détourner son attention
Lorsque l’atmosphère est tendue et que l’on tourne en rond dans une situation de conflit donné, détourner l’attention de l’enfant peut vraiment être la solution miracle. C’est particulièrement vrai pour les jeunes enfants mais pour faire sécher des larmes, ou oublier une frustration, essayer de chercher un avion que l’on entend dans le ciel, regarder un joli insecte qui vient de se poser, rejouer avec ce jeu que l’on a oublié depuis longtemps; peut désamorcer une crise !
C’est simple, efficace et agréable. Cette solution permet souvent de passer des pleurs au rire en un instant !
Accepter et nommer ses émotions
L’enfant de 2 ans ne comprend pas toujours ses émotions, et sait rarement les nommer et les expliquer. Il peine aussi à comprendre les nôtres et nos réactions. En cas de crise, commencer par se mettre à niveau de son enfant et l’écouter lui permet de se rappeler qu’en toute situation, il compte pour vous et que vous êtes prêts à lui accorder votre attention. Aider le à mettre des mots sur la situation, sur sa frustration, si il est triste, en colère, fatigué. Acceptez aussi ses émotions ! Toute émotion est bonne, c’est la réaction qui peut être inadaptée. En lui rappelant qu’il a le droit d’être en colère, vous l’aidez encore à s’affirmer, puis vous pouvez lui parler de vos émotions pour qu’il comprenne à son tour ce que vous ressentez et pourquoi vous réagissez ainsi. (ex : Tu as le droit d’être en colère parce que tu voulais manger du chocolat avant de te coucher mais je ne peux pas l’accepter, tu t’es déjà brossé les dents et le sucre perturbera ton sommeil)
Jouer, rire
Souvent, plus les parents sont tendus, fatigués, plus les crises vont être fréquentes ! Nos enfants sont des éponges qui subissent nos émotions et nos stress de plein fouet. Il est donc important de toujours ramener des rires, sourires, moments de complicité et de folie au sein de foyer. Je parle ici de jeux libres, défouloirs, rien de cadré, juste du laisser aller et de la tendresse !
Toujours lui rappeler que vous l’aimez !
Pendant, avant, après une crise, il n’y a pas de mauvais moment pour rappeler à son enfant qu’on l’aime. L’enfant doit savoir que l’amour de son parent n’est pas conditionné à un bon comportement. Même énervé contre toi, je t’aime !
Pour aller plus loin
Pour aller plus loin, j’ai trouvé aussi très utile dans mon cas de me renseigner sur ce qu’il se passe vraiment dans la tête de ma fille. En comprenant les causes de certaines de ses réactions, en ayant la preuve qu’elles sont liées à des étapes normales de son développement, j’ai réussi à mieux accepter ses réactions et à réagir de manière plus juste et contrôlée. Pour cela je vous conseille notamment les livres J’ai tout essayé d’Isabelle Filliozat et Pour une enfance heureuse de Catherine Gueguen.
Je vous rappelle aussi que malgré toutes ces astuces, les cris sont bien trop fréquents chez, comme dans la plupart des familles je pense. Il est évidemment parfois trop dur en période de stress de réfléchir à tout cela et parfois, toutes ces bonnes résolutions s’envolent pour revenir une fois le calme revenu. Mais c’est à force d’entraînement que ces comportements deviendront plus naturels.
Et vous, avez vous d’autres petits trucs qui fonctionnent avec votre enfant et auxquels je n’ai pas pensé ?
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Bravo pour ton article c’est très intéressant. Je me penche en ce moment sur la gestion des émotions chez les jeunes enfants pour essayer aussi de comprendre les crises de ma fille. Il n’y a pas de recette miracle, mais je retiens une chose : ne pas ignorer ses émotions , tenter de les décoder et lui apprendre à les gérer à s’exprimer autrement. Ninoute aura 2 ans dans quelques semaines, pour le moment on gère plutôt bien, à part quelques crises ça se passe bien 😊
Merci beaucoup !
Je ne trouvais pas du tout ça naturel avant de me pencher sur le sujet mais maintenant je fais attention à bien toujours prendre en compte ses émotions, que ce soit de la peur, fatigue, colère, tristesse; j’essaie de ne jamais les minimiser !