Au festival de Cannes 2024, parmi les nombreuses nouveautés que découvraient les passionnés, un jeu parvenait à faire beaucoup parler de lui avec son univers original et absolument magnifique, et son gameplay riche tout en étant accessible : Navoria*.
Ayant tardé à trouver le chemin des boutiques, ce n’est finalement qu’au printemps 2025 que nous avons enfin pu y avoir accès à grande échelle et que le jeu a pu se frayer un chemin sur nos tables.
Très curieuse de découvrir ce qu’il avait dans le ventre, entre son design très tous publics, et ses mécaniques assez stratégiques qui s’imbriquaient visiblement avec élégance, j’ai été heureuse de pouvoir le tester récemment grâce à son distributeur Asmodée.
Comme la plupart des joueurs, j’ai alors été séduite par ce jeu fluide, au temps de jeu raisonnable, aux règles limitées mais cachant une belle profondeur et un très fort goût de reviens-y. Je vous le présente donc en détail dans cet article.

Navoria en un clin d’œil
Création de Meng Chunlin
Illustré par Meng Chunlin
Edité par Sylex Editions
Distribué par Asmodée
2 ou 4 joueurs
A partir de 12 ans
60 minutes
Mécaniques : Placement d’ouvriers, Collection, Construction de moteur

Les règles du jeu en quelques mots
Une partie de Navoria va se dérouler en une succession de 3 manches, toutes composées de 4 phases. Au fil des tours, les joueurs recruteront des cartes qui leurs permettront de construire, d’explorer, de récolter des ressources et de valider des objectifs. Ils pourront ensuite bénéficier d’actions en rassemblant leurs troupes avant de récolter des revenus et de préparer la manche suivante.
A l’issue des 3 manches, les joueurs ajouteront à leurs scores les points gagnés grâce aux objectifs et aux cartes Soldats, afin de déterminer le vainqueur de la partie.

Les différents éléments
La boîte de Navoria est grande et remplie d’un superbe matériel :
- un grand plateau principal
- de jolis jetons en bois des couleurs des 5 types de cartes du jeu
- un pochon qui rassemblera les jetons
- des plateaux personnels pour tous les joueurs
- 9 refuges ainsi qu’un marqueur de score, 3 explorateurs, un marqueur d’ordre de tour et 4 marqueurs de Faveurs (objectifs communs) par joueur
- 9 tuiles Faveurs qui permettront de changer les Objectifs à chaque partie
- 18 jetons de chacune des 3 ressources du jeu
- des cartes Habitats de 5 types différents.

Petit tour sur les règles
Chacune des 3 manches qui composeront une partie sera décomposée en 4 phases :
- le recrutement
- le rassemblement
- les revenus
- le retour.
Le recrutement
La première phase est celle du recrutement. En commençant par le joueur ayant le plus de points à partir de la seconde manche et le premier joueur lors de la première manche, les joueurs devront recruter l’une des cartes disponibles à côté du plateau. Ces cartes seront au nombre de 3*5 au début d’une manche et ne seront pas renouvelées avant le démarrage de la manche suivante.
Le joueur aura alors deux choix pour son recrutement :
- piocher deux jetons de couleur au hasard dans le sac, en choisir un et placer l’autre au centre du plateau
- choisir l’un des jetons délaissés par les joueurs précédents au centre du plateau.
Une fois le jeton choisi, le joueur le place sur la pioche de la couleur correspondante et choisit à côté du plateau, l’une des cartes de cette couleur encore disponibles.

Il la prend et l’ajoute alors à sa collection personnelle. Les deux premiers joueurs qui collecteront 5 fois un même symbole (animal en haut à droite des cartes) pourra alors placer un jeton Faveur de leur couleur sur la tuile Faveur, afin de bénéficier de points complémentaires en fin de partie en fonction de leur collection de cartes.

Chaque couleur de carte aura sa spécialité et permettra de réaliser des actions immédiates et/ou futures.
A 2 ou 3 joueurs, les joueurs recrutent ainsi 4 cartes, et 3 à 4 joueurs, avant de passer à la phase de jeu suivante.
Les cartes Marchands
Les cartes Marchands bleues permettent de gagner des points immédiats et des revenus lors de la troisième phase de jeu, en fonction des icônes d’un animal donné présentes dans sa collection.

Les cartes de construction
Les cartes de construction jaunes (ci-dessous en bas à droite), permettent de récolter des points (les couronnes) et des ressources, mais surtout de construire un refuge sur la piste d’exploration indiquée (ci-dessous la piste Cactus).

Dès qu’il recrute une carte jaune, le joueur prend son refuge le plus haut sur son plateau personnel sur la piste spécifiée, et le place sur le prochain emplacement de la piste d’exploration correspondante. Ce faisant, il libère un bonus de plus sur son plateau personnel dont il pourra bénéficier en remplissant les conditions de ressources précisées en haut de la zone.

Les cartes Soldats
Les cartes Soldats rouges permettent de gagner des points en fin de partie, en fonction du nombre de refuges d’une piste donnée construits.

Les cartes Aventuriers
Les cartes Aventuriers roses permettent de gagner des points, d’avancer son explorateur sur une piste d’exploration donnée et de récolter des revenus en fonction de son avancée sur les 3 pistes d’exploration lors de la phase de revenus.

Les cartes Artisans
Les cartes Artisans vertes permettent de récolter des points et des ressources.

Ces ressources sont placées immédiatement sur l’un des 3 emplacement de son plateau personnel jusqu’à valider complètement la condition demandée, qui permettra d’activer les bonus précisés en dessous (bonus initiaux + ceux obtenus en construisant des refuges).

Le rassemblement
Une fois que chaque joueur a recruté 3 ou 4 cartes, vient le temps du rassemblement.
Dans l’ordre inverse de celui du recrutement, les joueurs vont choisir un des jetons encore présents sur les différentes pioches de cartes, et les basculer sur les pistes de revenus présentes sur le plateau de jeu. Il pourront alors choisir leur bonus qui pourra être des ressources, des points, des avancées sur les pistes d’exploration ou même une construction de refuge.

Les revenus
Une fois que tous les jetons ont ainsi été utilisés, vient le temps des revenus.
Chaque joueur active les revenus de ses cartes bleues Marchands et obtient des points en fonction de la position de ses explorateurs sur chacune des 3 pistes d’exploration.

Le retour
Enfin, les joueurs font reculer leurs explorateurs vers le refuge de leur couleur le plus avancé (ou au point de départ si aucun refuge n’a été construit sur la piste). Les jetons sont remis dans le sac et la rivière de cartes est complétée. La manche suivante peut commencer.

Fin de partie
Lorsque la troisième manche prend fin, les joueurs ajoutent à leur score obtenu en accumulant des points au cours de la partie :
- les points des cartes Soldats rouges (qui dépendant des refuges construits sur une piste donnée)
- les points des Faveurs (objectifs) pour ceux qui ont réussi à placer des jetons Faveurs sur les tuiles, en fonction du nombre de cartes de couleurs données dans leurs collections.
Le joueur qui possède alors le plus de points remporte la partie.

Navoria, j’en pense quoi ?
Navoria fait partie de ses jeux qui a su immédiatement se démarquer à sa sortie, malgré la multitude de nouveautés qui sortent chaque semaine. Son univers mignon, coloré et simplement superbe était un premier argument qui lui permettait de prendre la lumière. Mais au-delà de ça, c’est son placement de jeu initiés aux règles limitées et au temps de jeu raisonnable, malgré une belle profondeur qui a permis de transformer l’essai.
Et après avoir lu de nombreuses revues dans ce sens, j’ai à mon tour succombé à ses qualités, tout en lui attribuant un petit manque de visibilité sur sa stratégie en cours de partie.
Un univers enchanteur qui se démarque
Aimant la couleur et la gaité dans la vie, je suis toujours très en recherche de jeux qui savent transposer cette légèreté, notamment dans des titres plutôt joueurs. Et cette qualité étant extrêmement rare dans les jeux initiés, j’ai vraiment été ravie de découvrir cette direction artistique lumineuse et mignonne, se décliner dans tous les éléments du jeu.
Car ici, tout nous ramène à cet univers avec une déclinaison totale de ce que l’on devine dès la couverture sur chaque carte, pions, icône et plateau.
Le grand plateau central bien que ne présentant que des paysages, parvient à retranscrire ce monde adorable, tout comme évidemment chaque carte de jeu que l’on prend plaisir à découvrir.
Le matériel est aussi à la hauteur de ce travail d’illustration avec des jetons agréables à manipuler et des plateaux personnels avec de légers reliefs pour marquer la position des refuges.
La boîte de volume assez important est au final complètement remplie et on apprécie alors le joli rapport qualité/prix proposé ici.

Des règles limitées et accessibles pour un jeu de ce calibre
Etant la lectrice attitrée de tous les livrets de règles des jeux que nous découvrons, je dois avouer avoir parfois un peu peur au moment de m’attaquer à un nouveau titre initié/experts, de ce qui m’attend.
Et bien que j’avais déjà lues que les règles étaient d’une grande clarté, je partais prudente avec ce joli Navoria devant l’avalanche de matériel. Mais ici, point de mauvaise surprise. Le livret est un modèle du genre, bien aidé par un concept de jeu très simple. Recruter des cartes en utilisant un jeton par tour, puis gagner des bonus en rassemblant ces mêmes jetons, construire son moteur en construisant des refuges, explorer les 3 pistes pour marquer des points, gérer ses ressources et valider ses objectifs. Ces concepts sont de grands classiques et la compréhension et la transmission des règles sont vraiment très simples.
Une fois l’ensemble assimilé, les tours de jeu sont globalement très fluides et le temps de jeu limité (et on ne le voit de toute façon pas passer !).

Des mécaniques qui s’imbriquent à merveille
Bien que simples à comprendre, j’ai eu peur en lisant les règles que ces nombreuses mécaniques ne rendent l’expérience de jeu trop lourde, en rassemblant en une boîte et des parties d’une heure un peu tout ce que l’on peut trouver comme mécaniques de jeux de gestion.
Et pourtant ici, tout fonctionne comme sur des roulettes.
Le placement d’ouvriers (ici des jetons), permet de simplement créer sa collection de cartes, qui nous permettra de valider des objectifs, de récolter des ressources et de générer des points.
La construction de moteur trouve naturellement sa place avec les pouvoirs des cartes qui permettent sans trop d’efforts de booster son jeu, et de rentabiliser au mieux ses ressources précédemment acquises. Cette construction vaut d’ailleurs aussi pour la partie exploration qui s’optimise au fil des tours, avec de refuges qui permettent de démarrer ses petites randonnées de plus en plus loin.
Ainsi, placement d’ouvriers, collection, objectifs, gestion de ressources et construction de moteur s’imbriquent en douceur et font sens, avec un jeu que l’on comprend et lit très rapidement, notamment grâce à une iconographie limpide.

Un peu difficile de choisir son cap
Et pourtant lors des premiers tours et parfois au cours de la partie, je me suis parfois retrouvée un peu perdue.
Les différents symboles d’animaux (utiles pour certains revenus et pour les objectifs) peuvent se retrouver sur des cartes des 5 couleurs et la gestion de sa collection n’est alors pas si simple entre tri par couleur, symbole et type de pouvoirs (notamment les revenus de fin de manche et les points de fin de partie).
Chaque choix de carte sera aussi souvent en partie pris par défaut, rares étant les tours où vous aurez accès à la carte de la bonne couleur, avec les bons symboles grâce au jeton de la bonne couleur. Navoria deviendra alors assez opportuniste et il faudra savoir vous adapter à ce que vous pouvez faire, plutôt que de pouvoir anticiper une stratégie précise avec un contrôle total. C’est pour moi dans la partie liée aux cartes que l’on ressentira parfois ce qui pourra être pour certains un écueil.
Autre gros dilemme du jeu, celui de savoir si il est plus intéressant d’accumuler beaucoup de points au cours de la partie, ou de miser sur les points finaux. Cette question se pose particulièrement dans ce jeu à cause du vrai désavantage à être premier joueur lors de la phase de recrutement. Vous n’aurez d’abord pas le choix pour votre premier recrutement que de piocher au hasard deux jetons. Et pire encore, vous serez dernier lors de la phase de rassemblement qui vous coûtera certainement les bonus les plus avantageux.
Les règles limitées de Navoria cachent finalement un jeu plein de possibilités et il ne sera pas toujours facile de choisir et maintenir son cap. J’avais un peu espéré, en lisant des revues vantant un jeu très accessible, y jouer rapidement avec ma fille mais ne vous y trompez pas, nous avons vraiment à faire ici à un jeu initié, peut-être plutôt léger mais tout de même suffisamment touffu, pour ne pas être mis entre toutes les mains.

Un jeu fluide et simplement très agréable et original
Mais si vous aimez les jeux foisonnants de possibilités, tout en ne voulant pas rester 2h à table, si vous aimez les DA lumineuses et les jeux fluides qui vous font perdre la notion du temps, Navoria sera un titre à étudier de très près.
Malgré les différentes manières de scorer et de mener sa partie, les choix limités à chaque tour vous permettront de maintenir une vraie fluidité dans les tours de jeu qui seront en général très rapides. Les différentes stratégies possibles vous offriront aussi une belle rejouabilité et de ce que j’en ai vu, il n’y en aura pas forcément une qui se démarquera, et l’important sera de savoir saisir au mieux les opportunités et contraintes qui se présenteront à vous.
Enfin, bien que misant sur des mécaniques très classiques, j’ai trouvé une vraie originalité dans l’expérience de jeu proposée qui permet réellement à Navoria de se démarquer, et qui saura plaire aux joueurs amateurs de jeux de gestion complets, et ne rechignant pas à un minimum d’opportunisme.

Navoria, une proposition singulière à découvrir
Navoria est donc une très belle proposition que j’ai hâte de faire découvrir au plus grand nombre dans mon entourage. Sa direction artistique originale et mignonne et ses règles limitées en feront un candidat idéal qui saura attirer les joueurs de passage dans ma ludothèque, et qui se plairont à s’attaquer à ce jeu fluide mais aussi complet et original.
Varié et permettant à chacun de miser sur sa stratégie préférée, j’aime qu’il parvienne à nous poser de vrais dilemmes et réflexions, tout en limitant nos choix à chaque tour. En ressort un jeu fluide et assez singulier, qui a su nous séduire et que j’ai hâte de continuer à approfondir.
Vous pourrez retrouver cette beauté chez Esprit Jeu, BCD Jeux ou Philibert.
Et si vous recherchez d’autres revues de jeu Adultes, vous pourrez retrouver l’ensemble de mes articles ici.
*Collaboration commercial non rémunérée avec Asmodee












